30.06.2005

De ceux.


Moi, j'aime les photos d'Eric.

On se barbouillait la face avec des bouchons de liège carbonisés. On se faisait ressemblait à des clodos miséreux, des princes charmants à la moustache en boucle, des vieux mal rasés ou encore des loups pour de vrai. Ma terreur d’avant le marchand de sable, le loup. C’était un loup sur deux pattes parlant tonitruant, mon cauchemar : quand il me dévorait, mes os craqués entre ses grandes dents, le sang giclé sur les murs de ma chambre. C’était trop vrai pour être faux. Lui, il avait son déguisement rien que pour me faire peur. Eric le loup me faisait rire surtout. Il disait des gros mots, des bêtises ou des gamineries… On s’explosait aux éclats de rire tant et tant. On se cachait sous la table, on hurlait d’horreur quand le grand méchant loup hideux arriver à grandes enjambées.
Il fait changer de trottoir les gens comme il faut, ses chaussures pleine de boue, son blouson de motard, dégarni sur le dessus, les cheveux longs en filasses, sals, mal rasé, parfois la barbe pour s’amuser, le jean usé même déchiré, son allure, sa façon de rire de tout, de marcher de travers, de s’entêter pour des broutilles, son sourire de ses dents jaunes et celle de devant qui dépasse, son appareil photo toujours là, tellement, à se demander si ce ne serait pas une partie de lui, un de ses membres, un indispensable. J'aime du photographe, le furieux besoin de figer les instants, à tous les présents. Une course contre le temps, ça lui colle à la peau.
Les yeux turquoises, il ressemble à un ange d’innocence ou à un vieux loup malfamé. Avec son visage ovale, tellement fin de toutes choses. Il se marre tout le temps, un jeune vieux ou un vieux jeune.
Il crache sur les cons et observe le monde d’un regard délavé qui se voudrait désabusé.
Il regarde les jeunes filles en sifflant dans la rue, Marie et son gros ventre dans l’autre main, la libre.
On se ressemble comme deux gouttes d’eau, paraîtrait qu’on l’a pris pour mon père à la maternité.
Il a la gueule du parent tardif, papa poule pour dire. Il sifflote du Renaud et l’éternelle jeunesse qui ne lui tient plus sur la face.
Je suis confuse, je ne sais ni parler des gens, ni des livres.


Ils hurlent leurs tendresses comme si c’était une façon de chanter.

Les princes charmants, j'en ai trouvé sur le rebord de la fenêtre...
Des princesses charmantes ont délaissé leurs parures de somptueux pour observer les cieux de l'imagine.

En entrant dans les vestiges du chuchotement, elle a troqué sa peau de chagrin contre un habit de princesse...

Le téléphone est un objet de souffrances.
De Paris ou d’ailleurs, il m’inflige sa torture.

Mais, c’est qu’elle pleure, la vieille cloche, elle devient humaine.

Chantonne des je t’aime plein de promesses en grandeur. Conjugaison à l’imparfait, s’il vous plait. (Je ne m’en lasse pas.)

Je suis une amoureuse du passé, au passé.

J’ai croisé, à la brocante du cœur, les ennemis intimes de mes rêves sépia, à fabriquer, de secret, des cheveux blancs enchevêtrés. Dans un recoin de monde, là où la tendresse va bon train entre les paroles de rien et les sourires d’froideur.
Et confondus aux dessins d’innocence, des morceaux de vies maquillés se fatiguent en exubérantes mascarades.
Les déguisements des badauds ne fond illusion que l’espace d’un balbutiement. Leur indolence gagne la passe du cheminement.
Le cœur a ses morceaux que la raison ne connaît pas. Mais la raison, elle, de chance, a plus de réserve d’émerveille dans sa grande poche de phrases toutes faites.

La poésie du silence. C’est de ne pas être, et pour personne.

Moi, j’ai croisé des robes à fleur qui se virevoltaient, qui coloraient dans les jours d’été. Des garçons pas très sages jetaient des coups d’oeils indiscrets au-dessus des dessous. Des filles toutes roses, pleines de soleil en éclaireur de leurs transparences et des sourires qui tenaient bon. Moi, j’ai croisé des gens heureux en nonchalance dans la grande allée où mes pieds de hasard ont bien voulu se poster. Des rieurs pour de vrai, de ceux qui ne font pas semblant, ou qui le font bien.

J’ai aperçu leurs films se défiler, leurs histoires s’entremêler, leurs maux s’embrouiller dans du flou pour un avenir à grandes promesses.

En m’disant, et bien.

L’exubérance, la magnifiance de leurs regards entrechoqués.

En m’chantant, et bien.

Moi, j’suis comme tout le monde. J’aime les gens heureux, j’aime à observer leurs mensonges sur la vie. Leur façon de faire semblant de jouir des moments de rien.
Quand il faut.

Troupeaux moutonneux.
Ils se déversent en troupes de groupes. On se les cogne à chaque geste.
Attiffés, bariolés...
Une valse de couleur qui donne le vertige. La nausée, plutôt.


Parce que les gens comme ça, les vrais de vrais. Les filles de plaisir et les garçons curieux. Les amoureux qui s’embrassent sans penser. De ceux qui savent aimer.
Ça n’existe pas.
L’hypocrite parvient, lui, à faire croire en son arc-en-ciel. Qui dit mieux ?!

Je discours comme une fille de soucis qui ne sait pas saisir ce que lui tend la chance.
Je suis.

21:43 Écrit par Coline | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

Pas toujours Ils ne mentent pas toujours.
Dans les débuts d'histoire, ils sont parfois sincères, à d'autres instant de leur histoire aussi, par tâches.
;-)

Écrit par : Métastable | 02.07.2005

Ou juste Une façon de voir les choses, différentes.

Écrit par : Coline | 04.07.2005

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