24.08.2005

La pute.

Il faut hurler enfance, il faut cracher bavures, s’user les ventres aux vitres du monde. Nos révolutions à trois francs six sous dans les soirées jeunesse où la vie va bon vent.

Tu peux y aller, ma belle, me vomir tes horreurs entre les omoplates, j’suis vide de vos trop grandes histoires, en baraquée à la une à la deux. Me regarder droit devant, sans ciller sciures, me baver ton haleine fatiguée, face contre face. Te pencher dans mon cou avec tes mots salis. Tu les vaux, tes armoires d’ivresse.
Quand tu te mouches dans les jupons des dames marquise en manquant toutes tes gammes, en chantonnant à tureUtête la fresque de nos restes, ta clope en boucle sur les lèvres malaisées mal-baisées, ta merde dans les deux mains, tes rires trop bruyants, ta dégaine dépolie, embuée d'inutile et de plaisirs indurables. Que tu criarde sur le visage les maquillures, les couleurs gigantesques, clown triste, insulte à la une, on te crachouille contre les petons la pelotte de morve salive des gens de bon quartier. À t’observer, toi, elle, mascarade morte vivante.
Tout ce semblant te fait grandement tort.
Tu peux me bouffer tes illusions du regard, tant qu’y en a. Me gaver jusqu’aux os, m’empiffrer les oreilles, le visage, les esquintes… Entre le ventre et la gorge pas un nœud à la gouaille, la mauvaise marmaille.
J’te prêterais bien mes escarpins dorés en troque à tes godasses boueuses, pour faire un bout de chemin, main dans la main et pieds sur terre. Nos ancres en guise de soulier. Moi, tu vois, j’suis bien en dessOus de la mêlée, alors de fait, je me fais piétiner. Ce n’est pas faute, mine de rien, d’avoir tenté de m’extirper de mon placard mythés.
J’me pousse, va, te faire un peu de place dans l’orbite aux alentours de ma cervelle tourmentée. Ton chapeau disloqué au rebord cramoisi nous va comme un gant. Mon grand jeu forteresse sur le passé-présent, à la corbeille de nos enfances. En bravades, tu nous distribues piètrement tes dix petits doigts racoleurs, caresse à la langue de papier mâché.
Le Perdu d’importance de nos tendres bagatelles de gamines effrontées.
Vas-y, goinfree moi dans l’amour, mes rêves crachotés à la baise armure, je ne crois plus en rien, tu sais…
Ce n’est pas en sanglot que l’on te paye, ni en éclats de joie. Quoique.
Tu tends la main à tes bourreaux de dépose, le regard sombre de hurlements insoumise entre les plaques d’égouts. Ça t’indiffère. Étrangère à ta peau, vendue mille et une fois à leurs violences de droit.
Tu t’assois pour souffler entre deux passe par là, puis tu t’enfonces ta merde, ton rêve en barre qui t’envole vers l’ailleurs. Ça leur en bouche un coin aux passants propres sur eux. Cette fille de rien, marchande de bonheur-onze-minutes sans partage, à la brocante du coeur, au creux de son tapin, t’as pas la lèpre, mais c’est tout comme.
Et quand t’embrasse, c’est de dégoût, tu comptes tes sous, affalée, étalée sur ton morceau de trottoir. L’étayée. On ne t'embrase.
La vieillesse, fille de joie, te rattrape en vitesse, quand d’un regard d’dédain on refuse d’te sauter, t’écarte en vain les gambettes cambrures, le désir en moins. Horizons violets s’espacent sous tes deux yeux, billes noturnes sans scintille.
Toi, et bien, tu n’aimes rien.
Et peut-être soustraite, c’est du toc, du faux vrai, du beau en pacotille, du plastoc’ dorure. De tes galoches... Moi, je crache du carton sur toute ta misère. Mais, aller, va, à chacune ses déchéances. Ton destin, j’en veux bien…

19:06 Écrit par Coline | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook |

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